737 Max : selon un ancien responsable de Boeing, plus de 1 000 appareils seraient dangereux

Un ex-responsable du programme 737 Max devenu lanceur d’alerte, Ed Pierson, accuse Boeing d’avoir dissimulé des informations sur des problèmes électriques du vol 302 d’Ethiopian Airlines qui s’est écrasé en mars 2021 à Addis-Abeba. En raison de problèmes de production, 1 000 appareils pourraient être exposés à des pannes électriques. Lire aussi Vol MH370 : dix ans après la disparition de l’appareil, les familles chinoises exigent des réponses Ed Pierson n’entend pas laisser Boeing s’en tirer à si bon compte. Cet ex-responsable du programme 737 Max, resté dix ans chez le géant américain de l’aéronautique, a publié le 22 août sur le site du groupe de défense qu’il a créé, The Foundation for aviation safety, une série de documents accusant son ex-employeur d’avoir caché aux autorités américaines des problèmes de production pouvant avoir été à l’origine des crashs de la Lion Air et d’Ethiopian Airlines. Deux catastrophes aériennes, survenues respectivement en octobre 2018 et mars 2019 et qui ont causé la mort de 346 personnes. Dans la foulée du crash d’Ethiopian Airlines, l’ensemble des 737 Max avaient été cloués au sol durant près de deux ans. «Boeing a toujours nié que des défauts de fabrication aient joué un rôle dans les deux accidents du 737 Max. C’est tout simplement faux, et ce rapport de Boeing le prouve» lance Pierson dans une note explicative, jointe à trois documents ainsi qu’à une copie de son courrier adressé à Jennifer Homendy, présidente du Conseil national de la sécurité des transports (NTSB) des Etats-Unis. Vol 302 : un «incident très inhabituel», signalé à Boeing quatre mois avant le crash Parmi les trois pièces publiées par Pierson, l’une d’elle est présentée par le lanceur d’alerte comme un historique d’échanges en décembre 2018 entre l’avionneur et Ethiopian Airlines. Dans ce document, Ethiopian Airlines signale le 7 décembre 2018 à Boeing que son 737 Max immatriculé ET-AVJ (l’appareil qui s’est écrasé le 10 mars peu après son décollage d’Addis-Abeba, ndlr.) a réalisé «un roulis intempestif à basse altitude». Un «incident très inhabituel», commente Pierson, qui souligne que ce signalement a été effectué «trois semaines seulement après la livraison de l’avion» et quatre mois avant son crash. «Un roulis non commandé peut être très dangereux, car il peut surprendre les pilotes et potentiellement entraîner une perte de contrôle de l’avion en fonction de leur réaction», ajoute-t-il. Toujours selon ce document, après avoir transmis les données de l’enregistreur de vol, l’industriel répond qu’il «soupçonne une panne intermittente» dans le câblage de l’appareil et fournit des indications à la compagnie aérienne pour qu’elle effectue des tests sur différents connecteurs. Des conseils légers aux yeux de l’ancien cadre de Boeing. Comme le souligne ce dernier, la «majeure partie» du système d’interconnexion du câblage électrique de l’appareil (EWIS) «est enterrée sous le plancher», demeurant «inaccessible à moins que l’avion ne soit démonté» dans le cadre d’une lourde opération de maintenance. «Au lieu de cela, Boeing a donné aux Éthiopiens des conseils de dépannage de base basés sur l’analyse technique de Boeing, et l’avion a continué à voler jusqu’à ce qu’il s’écrase plus tard», déplore Pierson. Boeing : des employés sous pression, des signalements à la FAA Celui-ci affirme également que de multiples manquements ont été relevés lors de contrôles qualité internes de l’installation de l’EWIS du fameux appareil d’Ethiopian. Des incidents répertoriés dans l’un des documents, en partie caviardé, présenté comme le SAT Record (Shipside Action Tracker). Selon Pierson, ce document «rendu public pour la première fois» a été créé en «septembre/octobre 2018 pendant la fabrication de l’avion» à l’usine de Renton, dans la banlieue de Seattle, où Boeing assemble ses Max et P-8 Poseidon. Parmi ces signalements, que vulgarise Pierson dans sa note, «pas assez de pièces électriques», «faisceau de câbles électriques mal installé» ou encore «les employés ne savent pas quelles pièces électriques ont été installées sur l’avion». Dans la même veine, la troisième pièce que joint Pierson à ce dossier à charge contre Boeing est un rapport de la Federal Aviation Administration (FAA). Datant de 2018, soit l’année avant le crash d’Ethiopian Airlines, ce rapport épingle que «la gestion de la qualité de Boeing oblige les employés à travailler dans des délais qui pourraient amener des pièces défectueuses à quitter ESRC Boeing», une usine située à Everett, où sont préparées des composants électriques des 737 Max. Cette enquête de l’agence américaine avait été déclenchée suite à des plaintes d’employés. «La situation est bien pire qu’on pourrait s’y attendre, car Boeing a produit plus de 1 000 avions supplémentaires depuis les catastrophes du Max», affirme-t-il. «Les rapports de sécurité indiquent clairement que les avions Boeing actuellement en service présentent des défauts EWIS liés à la fabrication», ajoute-t-il, renvoyant à ses déclarations auprès de la Commission du commerce, menée par la sénatrice démocrate de Washington Maria Cantwell. Selon Pierson, passagers et équipages des Max «doivent être informés des risques de sécurité en cours» et, à minima, «la FAA doit mettre en œuvre de toute urgence un programme d’inspection complet des avions Boeing actuellement en service, et le DOJ doit enquêter sur la dissimulation criminelle en cours de Boeing». 737 Max : plusieurs incidents en vol signalés depuis le début de l’année La publication de ces documents intervient un peu moins d’un mois après l’annonce de la finalisation d’un accord entre Boeing et le DOJ, permettant à l’industriel américain d’éviter un procès en plaidant coupable de «complot visant à frauder les Etats-Unis» lors de la certification de son appareil. Le géant de l’aéronautique devra régler une nouvelle amende de 247,3 millions de dollars et s’engager à investir 455 millions de dollars dans des programmes de conformité et de sécurité. Un accord conclu alors même que les procureurs ont estimé que Boeing n’avait pas respecté un précédent accord datant de 2021, où l’industriel avait payé 2,5 milliards de dollars, dont une amende de 243,6 millions en échange notamment d’une immunité pour ses dirigeants contre des poursuites pénales. Soumis à une période probatoire de 3 ans, un nouvel incident survenu début janvier a déclenché un audit de la FAA, lorsqu’une porte d’évacuation d’urgence s’est détachée de la carlingue d’un appareil d’Alaska Airlines qui évoluait à près de 5 000 mètres d’altitude avec 174 passagers à bord. Après six semaines d’enquête, la FAA a pointé des «problèmes de non-conformité dans le processus de contrôle de fabrication». Plus récemment, en juin, c’est un 737 effectuant la liaison Oakland (Californie) – Phoenix (Arizona) qui a réalisé en plein vol… un «roulis hollandais».

Après deux crashs à moins de cinq mois d’intervalle, qui ont fait respectivement 189 et 157 morts fin 2018 et début 2019, les conclusions du Congrès américain sur le Boeing 737 MAX sont sans appel.Le 737 MAX de Boeing, cloué au sol depuis près d’un an, est un avion “fondamentalement défectueux et dangereux” qui démontre la nécessité de réformer les réglementations relatives à la certification des avions de ligne, a estimé vendredi la commission des Transports du Congrès américain.

À quelques jours de la commémoration de la tragédie d’Ethiopian Airlines, le 10 mars , qui a fait 157 morts en 2019, les élus de la Chambre des représentants ont dévoilé des conclusions sans appel.

Myriade de dysfonctionnements

Cet accident est survenu moins de cinq mois après celui de Lion Air qui a fait 189 morts dans des conditions similaires. C’est principalement le dysfonctionnement du système anti-décrochage MCAS qui a été mis en cause. Une myriade de dysfonctionnements techniques ont également été mis au jour, tels que le manque de redondance de certains systèmes, normalement présents en plusieurs exemplaires par mesure de sécurité en cas de défaillance de l’un d’entre eux.

“Le fait que plusieurs erreurs de conception technique ou erreurs de certification aient été jugées conformes par la FAA (régulateur aérien) illustre un besoin crucial de réformes législatives et réglementaires”, ajoute la commission.

    “Développer un avion commercial conforme aux règlements de la FAA mais fondamentalement défectueux et dangereux met en évidence un système de surveillance de l’aviation qui a désespérément besoin de changements”

Le 737 MAX est cloué au sol depuis le 13 mars 2019. Les autorités du monde entier avaient pris cette décision rarissime en raison des similitudes entre les catastrophes . La FAA avait été la dernière à prendre cette décision. Cette crise est la plus grave en 104 ans d’histoire du célèbre avionneur.

Boeing travaille actuellement à un correctif du système MCAS pour obtenir la levée de l’interdiction de vol. Mais depuis, d’autres problèmes ont été détectés, notamment le dysfonctionnement d’un logiciel censé s’assurer du bon fonctionnement du MCAS au démarrage de l’avion. Des incertitudes entourent par conséquent la date de remise en service de l’appareil.

Pressions, dissimulations, erreurs…

En attendant, les enquêteurs de la commission formulent cinq critiques principales qui avaient déjà été mises en exergue par d’autres enquêtes :

– Les pressions sur les employés de Boeing pour augmenter la cadence de production du MAX au détriment de la sécurité. – Des présupposés erronés sur des technologies critiques dont le MCAS. – La dissimulation d’informations cruciales auprès de la FAA, les compagnies clientes et les pilotes. – Des conflits d’intérêts. – L’influence de Boeing sur la FAA.

David Calhoun, le nouveau patron de Boeing, a pris les rênes du groupe le 13 janvier en remplacement de Dennis Muilenburg. Il a promis un changement de culture interne pour restaurer la réputation de l’entreprise ternie par cette crise, ainsi que les liens de confiance avec les autorités et les compagnies clientes. “Nous avons largement collaboré à l’enquête de la Commission au cours de l’an passé. Nous allons passer en revue le rapport préliminaire”.

De son côté, le régulateur aérien a souligné que ses procédures de certification avaient conduit à une sécurité aérienne sans précédent aux États-Unis. Mais la FAA a également fait amende honorable, oulignant être une institution “qui apprend (de ses erreurs) et qui est ouverte à un examen approfondi”.

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