Témoignage du Dr Saif al-Islam Kadhafi devant le juge Serge Tournier concernant les relations de Sarkozy avec l’État libyen.

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Takieddine affirme dans une archive que 4 millions d’euros lui auraient été proposés par Mimi Marchand pour tenter de dédouaner Sarkozy dans le financement libyen.

Si après ça, la justice n’enquête pas sur les affaires de Mimi Marchand pour Macron..

Le Dr Saif al-Islam Kadhafi a révélé de nouveaux détails concernant une série de tentatives menées par des proches de l’ancien président français Nicolas Sarkozy pour le convaincre de se rétracter de son témoignage devant un tribunal français dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.
Le Dr Saif al-Islam a expliqué avoir témoigné officiellement en 2018 devant le juge français Serge Turner, chargé de l’enquête sur ce financement illicite. Il a précisé que son témoignage comportait des détails précis sur les fonds versés par l’État libyen pour soutenir la campagne électorale de Sarkozy, en échange de promesses politiques et économiques restées sans suite. Il a ajouté qu’après son témoignage, une série de tentatives ont commencé à le contraindre à modifier ou à se rétracter. La première de ces tentatives a eu lieu en 2021 par l’intermédiaire de Suha al-Badri, consultante en médias basée à Paris. Elle lui a proposé, au nom de proches de Sarkozy, de se rétracter de sa confirmation du soutien financier libyen à la campagne électorale, en échange de promesses de contribuer à clore les poursuites engagées contre lui devant la Cour pénale internationale.

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Témoignage du Dr Saif al-Islam Kadhafi devant le juge Serge Tournier concernant les relations de Sarkozy avec l’État libyen.

Témoignages concernant les relations entre le président français Nicolas Sarkozy et l’État libyen et son rôle dans le financement de sa campagne électorale.

Contexte

Les faits et événements de coopération et de soutien au candidat français à la présidentielle, Nicolas Sarkozy, ont débuté après la levée de l’embargo international sur la Libye, la clôture de l’affaire Lockerbie et le lancement de discussions avec des entreprises européennes. La Libye souhaitait développer son système de transport aérien, réhabiliter plusieurs secteurs vitaux et lancer un vaste projet de reconstruction. Ces discussions et négociations ont donné lieu à une série de contacts qui ont accompagné la conclusion d’accords, menant plus tard à la connaissance de Nicolas Sarkozy et de son entourage, alors ministre de l’Intérieur. La coopération avec lui s’est développée sur plusieurs points, que nous aborderons ci-dessous. Premièrement, la contribution au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy. Après la clôture des affaires Lockerbie et UTA, la Libye a commencé à conclure plusieurs accords stratégiques, dont le plus important était l’achat d’avions Airbus. Les autorités libyennes impliquées dans cette transaction ont reçu des communications commerciales d’intermédiaires, de courtiers et d’hommes politiques expérimentés, dont Mansour Ojjeh, un homme d’affaires français d’origine saoudienne qui sert d’intermédiaire entre l’Arabie saoudite et Petrache Press. Il aurait été l’intermédiaire du célèbre accord Al-Yamamah. Les échanges de M. Ojjeh avec les autorités libyennes portaient sur le contrat d’avions Airbus et les contrats d’armement avec la France. Il a proposé que ces contrats soient conclus avec la société SOFREASA afin de surmonter certaines difficultés juridiques et administratives susceptibles d’entraver la conclusion de l’accord pour la Libye, qui sort d’un blocus international théoriquement levé, mais dont les répercussions politiques, médiatiques et administratives pourraient tarder à se faire sentir. Malheureusement, nous avons récemment découvert que cette société avait été créée dans le but de conclure des accords entre l’Arabie saoudite et la France, par le biais desquels des commissions et des pots-de-vin sont versés aux décideurs de ces accords. Grâce à ces négociations, la partie libyenne a fait la connaissance de Michel Mazens, alors directeur de cette société, et de Djouri Alexandre, par l’intermédiaire de M. Ojja. Ce dernier entretenait de bonnes relations avec l’entourage du président Chirac et s’est montré disposé à faciliter toutes les démarches concernant le réacteur nucléaire d’Areva et les installations nécessaires au gouvernement libyen. Les échanges avec DIOURI ALEXANDRE se sont intensifiés et il a fait la connaissance de Bachir Saleh, responsable des relations avec la France, et a communiqué avec toutes ces personnalités. Tout cela s’inscrivait dans le cadre du renforcement des relations franco-libyennes au service de l’intérêt commun. À cette époque, les élections françaises commençaient et le candidat Sarkozy était ministre de l’Intérieur. DJOURI ALEXANDRE et le groupe proche du président Chirac ont soutenu le candidat Dominique de Villepin contre Sarkozy. Ces informations ont été suivies afin d’anticiper l’évolution des relations franco-libyennes à la lumière du changement qui résulterait de l’élection présidentielle française. Grâce à ces communications et consultations, la Libye a reçu une offre de soutien à la campagne électorale de Dominique de Villepin. Parmi les exigences de ce groupe figurait le paiement du solde des contrats conclus par la Libye pour la location de l’avion Falcon de fabrication française appartenant à Dominique de Villepin. Cette question a été abordée avec eux et le montant des dettes a été réglé, ainsi que les intérêts de retard, bien que le ministère des Finances ait auparavant refusé le paiement des intérêts réclamés par Alexandre. Diouri, qui, selon ses dires, utilisait le montant de ces avantages pour verser des pots-de-vin à des proches du président Jacques Chirac, dans le cadre du soutien à la coopération avec la Libye. Ce fut le début d’une coordination avec l’entourage du président Chirac et le candidat Dominique de Villepin. À ce moment-là, un certain Ziad Takieddine est apparu. Mohamed Abdullah Senussi l’a reconnu et l’a présenté à son père, Abdullah Senussi. Ce dernier s’est présenté comme un ami de Sarkozy et lui a proposé d’organiser une visite à Tripoli. Senussi a organisé la visite et la rencontre, et c’est Takieddine qui s’est entretenu avec Abdullah Senussi, qui à son tour a rencontré personnellement le dirigeant et a discuté avec lui de la candidature de Sarkozy, obtenant de lui la promesse d’étudier la question. De là, Takieddine, en coordination avec Abdullah Senussi et son fils Mohamed, a organisé une visite au ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, et nous a informés de son arrivée. Sarkozy a rencontré le dirigeant et a discuté de sa demande de soutien pour se présenter à l’élection présidentielle. Le concurrent de Sarkozy était le candidat Dominique de Villepin, dont les chances étaient faibles. Les informations selon lesquelles cette demande particulière avait incité l’État libyen à prêter attention à la question du soutien à Sarkozy et à obtenir un soutien d’un montant de deux millions et demi d’euros. M. Sarkozy a envoyé un représentant, M. Guéant Claude, qui a reçu la somme de Bachir Saleh, qui l’a ensuite remise en espèces à son bureau. Bachir Saleh se souvient de cette plaisanterie survenue lors de la livraison : le sac n’a pas pu contenir la totalité de la somme, jusqu’à ce que Claude Guéant grimpe dessus et appuie dessus avec ses pieds pour pouvoir en resserrer les fermetures. Claude Guéant a ensuite voyagé jusqu’en France avec la somme. Toutes ces dispositions ont été prises au vu et au su de M. Takieddine, qui en a assuré le suivi et la coordination. Après un certain temps, Abdullah Al-Senussi a rapporté que Ziad Takieddine l’avait informé que Sarkozy était prêt à intervenir pour prouver son innocence dans l’affaire UTA, en raison de la faiblesse des preuves contre Al-Senussi, et qu’il s’appuierait sur un avocat nommé Hertzogthierry pour mener à bien cette tâche. Senussi a demandé une intervention, Sarkozy ayant sollicité une augmentation de salaire d’environ deux millions d’euros. La question a été abordée avec Al-Baghdadi, l’accusation visant l’État libyen, et plus particulièrement Senoussi. Al-Baghdadi a déclaré que la question était à l’étude et que des consultations avaient eu lieu au plus haut niveau concernant l’affectation de la somme destinée à soutenir les élections de Sarkozy, soit sur le budget politique, soit sur d’autres crédits destinés à des services juridiques dans des affaires internationales notoires. Sarkozy a ensuite reçu une aide supplémentaire du montant susmentionné, dont les modalités de versement sont inconnues.

Sarkozy a remporté l’élection présidentielle et…

Quand ce lundi 6 janvier 2025, RFI formule une nouvelle demande d’interview à Saïf al-Islam Kadhafi, en passant par une personne de son entourage, l’intermédiaire n’est pas spécialement optimiste. « Je vais poser la question mais ce n’est pas sûr. » La réponse arrive en fin d’après-midi. Saïf al-Islam Kadhafi n’accordera pas d’interview, mais il accepte de donner sa version de « l’affaire du financement libyen ». Il fait parvenir un message d’environ deux pages rédigé en français à son initiative et écrit pour l’essentiel à la 3e personne du singulier, marquant l’intervention sur le texte d’un traducteur. S’ensuit un échange écrit, en arabe, et toujours par le biais de l’intermédiaire, pour obtenir des précisions sur ce qu’il affirme dans ce texte. RFI s’est assuré au préalable de l’identité de Saïf al-Islam Kadhafi.

Dans cet échange, Saïf al-Islam Kadhafi rappelle qu’il avait transmis en 2018 son témoignage au juge Serge Tournaire chargé de l’instruction dans cette affaire politico-financière. Il affirme que l’ancien président français a exercé sur lui, au travers d’intermédiaires et à plusieurs reprises, des pressions afin qu’il change son témoignage devant la justice.

Selon Saïf al-Islam Kadhafi, la première demande pour qu’il modifie son témoignage concernant Nicolas Sarkozy a été formulée en 2021 par l’intermédiaire de Souha al-Bedri, consultante et communicante basée à Paris. Saïf al-Islam Kadhafi affirme qu’on lui a proposé de « nier tout ce qui se dit d’un soutien libyen de Sarkozy pour les élections ». Avec quelle contrepartie ? Une aide, assure-t-il, pour clore son dossier devant la Cour pénale Internationale. En ce début d’année 2025, Saïf al-Islam Kadhafi est toujours recherché par la CPI (voir encadré).

Toujours selon Saïf al-Islam Kadhafi, un nouvel émissaire de Nicolas Sarkozy approche la famille fin 2022, en s’adressant cette fois-ci à Hannibal Kadhafi, son jeune frère, emprisonné depuis plusieurs années au Liban. L’homme, de nationalité ivoirienne, nommé Noël Dubus, est cité dans ce dossier du financement présumé de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, mais aussi dans l’affaire Karachi qui porte sur des contrats d’armement.

Noël Dubus, précise Saïf al-Islam Kadhafi, se serait rendu à Beyrouth et aurait exercé des pressions sur Hannibal « lui assurant sa libération, si Saïf al-Islam Kadhafi changeait son témoignage en faveur de Sarkozy ». Hannibal, le dernier fils de Kadhafi, est depuis 2015 en prison à Beyrouth dans l’affaire de la disparition de Moussa el-Sadr, un haut dignitaire religieux libanais vu la dernière fois en Libye en août 1978. Le Liban réclame de Tripoli des informations sur sa disparition. 

Saïf al-Islam Kadhafi affirme qu’une troisième tentative, à une date ultérieure non précisée, a été effectuée par l’intermédiaire d’un Français d’origine arabe, dont il n’a pas voulu révéler l’identité. Mais, indique le fils du « Guide libyen », il ne s’agit ni d’Alexandre Djouhri, ni de Ziad Takieddine, les deux principaux intermédiaires dans cette affaire du financement libyen présumé de la campagne de Nicolas Sarkozy. Djouhri et Takieddine sont tous deux prévenus dans cette affaire.

Le fils du « Guide Libyen » déclare qu’il a « catégoriquement refusé » toutes ces demandes. RFI n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante les affirmations de Saïf al-Islam Kadhafi. L’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel mentionne plusieurs cas de pression exercés sur des témoins dans le cadre de cette affaire.  

Interrogé par RFI sur ces affirmations, l’avocat de Nicolas Sarkozy, maître Christophe Ingrain, parle de déclarations « non seulement fantaisistes, mais également très opportunistes ». Ces déclarations, réagit Me Ingrain, « tombent alors que le procès vient de commencer. Elles émanent de quelqu’un qui, depuis le début du procès, depuis dix ans, avance des accusations qui ne sont étayées par rien, qui ne sont confirmées par rien ». Et l’avocat de poursuivre : « Depuis dix ans il promet de remettre des documents qui confirmeraient ces accusations. À ce jour, rien n’a été remis à la procédure. Donc pour moi ces accusations relèvent simplement de rodomontades fantaisistes et n’ont aucune importance ».

Contactée par RFI, Souha al-Bedri dément avoir transmis en 2021 « ce genre de message » à Saif al-Islam. « Ce n’est absolument pas vrai », dit-elle. Concernant ses liens avec l’ancien président français, Souha al-Bedri explique que Nicolas Sarkozy a été son avocat dans les années 80, qu’elle a été militante de l’UMP, qu’elle a soutenu la candidature Sarkozy aux élections avant de rendre sa carte et de ne plus avoir de contacts avec lui.

Hannibal Kadhafi, interrogé par l’intermédiaire d’un de ses avocats sur cette rencontre avec Noël Dubus, affirme comme son frère l’existence de la proposition de Noël Dubus de 2022.

Cinq millions de dollars transmis ?

Au cours de l’échange qu’il a eu avec RFI, Saïf al-Islam Kadhafi revient également sur la partition qu’il affirme avoir personnellement jouée dans le financement libyen. « Sarkozy, dit-il, a reçu 2,5 millions de dollars de la Libye pour financer sa campagne électorale » lors de l’élection présidentielle de 2007, somme en contrepartie de laquelle, Nicolas Sarkozy devait « conclure des accords et réaliser des projets en faveur de la Libye ».

Une seconde somme de 2,5 millions de dollars, également en espèces, a selon lui été remise au clan Sarkozy. Saïf al-Islam Kadhafi ne précise pas quand mais affirme qu’en contrepartie les autorités libyennes attendaient de Nicolas Sarkozy qu’il mette un terme à l’affaire de l’attentat contre le DC10 d’UTA qui a fait 170 morts dont 54 français en 1989. Elles souhaitaient également que les noms de six Libyens impliqués dans cet attentat soient retirés de la notice d’Interpol, dont celui d’Abdallah Senoussi, le chef des services secrets libyens et beau-frère de Kadhafi.

Saïf al-Islam Kadhafi affirme qu’il a lui-même proposé cette somme à l’ancien chef d’État français contre la fin des poursuites… et qu’il a personnellement supervisé la transmission de l’argent en liquide. Selon Saïf al-Islam Kadhafi, les valises d’argent ont été remises à Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy. « L’argent, dit-il, lui a été transmis par Béchir Saleh », l’ex-argentier de Mouammar Kadhafi et son homme de confiance, également prévenu dans l’affaire. C’était par l’intermédiaire, précise le fils Kadhafi, d’Alexandre Djouhri, homme d’affaires d’origine algérienne.

Toujours selon Saïf al-Islam Kadhafi, cet argent a été placé ensuite sur un compte bancaire à Genève. Saïf al-Islam Kadhafi soutient donc à RFI que 5 millions de dollars en espèces ont été transmis à Nicolas Sarkozy.

Le fils de l’ancien dirigeant libyen raconte à nouveau la scène célèbre -rapportée à l’origine par Béchir Saleh- et qui, dit-il, a « fait rire toutes les personnes présentes » : celle où Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, aurait eu des difficultés à fermer une valise pleine de dollars et qu’il n’aurait eu d’autre solution que de monter sur cette valise pour y parvenir. Un Claude Guéant qui nie toujours son implication.

L’anecdote avait déjà été racontée à la justice française par Saïf al-Islam Kadhafi dans son témoignage écrit de 2018 et figure dans l’ordonnance de renvoi de l’affaire.

Dans ce témoignage rédigé en arabe, Saïf al-Islam Kadhafi affirmait déjà que lors de l’entretien du 6 octobre 2005 tenu à Tripoli sous la tente de Kadhafi, MM. Sarkozy et Kadhafi avaient abordé le soutien financier au futur candidat à l’élection présidentielle française. Saïf al-Islam Kadhafi indiquait que le soutien à cette campagne s’était alors « traduit par le versement de 2,5 millions d’euros ». Selon les juges, Saïf al-Islam Kadhafi expliquait que « c’est pour cela que Nicolas Sarkozy dépêchait sur place son directeur de cabinet, Claude Guéant, pour recevoir l’argentSaïf al-Islam Kadhafi obtenait confirmation de cette remise de fonds à Claude Guéant par Béchir Saleh dans le bureau de ce dernier ». Claude Guéant serait alors reparti en France avec ces 2,5 Millions d’euros en espèces, indique l’ordonnance citant Saïf al-Islam Kadhafi qui affirme par ailleurs, que « Ziad Takieddine était informé de ces faits ».

Dans l’échange qu’il a eu avec RFI,Saïf al-Islam Kadhafi affirme également que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a contacté personnellement Abdallah Senoussi, l’ancien ministre de l’Intérieur libyen, à l’occasion de sa visite en Libye en 2005 et qu’il lui aurait promis qu’il retirerait son nom de la liste d’Interpol dès qu’il serait élu président.

Le fils du « Guide Libyen » assure que des enregistrements de cette conversation téléphonique existent et sont toujours en possession de Senoussi. Il précise que tout cela a été rapporté en 2018 au juge Tournaire chargé de l’affaire.

À plusieurs reprises, les dignitaires libyens ont affirmé que des enregistrements et documents existent mais, à ce jour, la justice française n’a eu accès à aucun d’entre eux.

Saïf al-Islam Kadhafi avait évoqué cette affaire de financement présumé en mars 2011, lors d’un entretien avec la chaine Euronews, mais aussi dans une conférence de presse à Tripoli avant la chute du régime libyen. Suite à l’intervention de l’Otan, il avait alors réclamé à l’ancien Chef d’État la restitution de l’argent à la Libye.

L’ordonnance de renvoi présente plusieurs éléments pointant la multiplication des circuits d’acheminement d’argent, ainsi que l’existence de plusieurs acteurs, au sein du régime libyen, impliqués dans les transferts d’argent. Elle décrit un dispositif présumé qui va au-delà de la partition revendiquée par Saïf al-Islam Kadhafi.

« Une vengeance objective » ?

De l’argent transmis en espèces ? « Là encore, il s’agit d’affirmations totalement fantaisistes », assure Me Christophe Ingrain, l’avocat de Nicolas Sarkozy. Le conseil de l’ancien président souligne que ces accusations « ne reposent sur rien » : « Elles ne sont étayées par rien, elles émanent de quelqu’un qui, au moment du printemps arabe et de l’intervention de l’Otan en Libye a tout perdu, cette intervention de l’Otan elle a été initié par le président Sarkozy, on est vraiment dans le cadre d’une vengeance objective. »

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Le règlement de l’affaire du DC10, présentée comme une contrepartie demandée par les Libyens ? « C’est encore une fois faux, étayé par rien », réagit l’avocat, qui argumente : « La justice française ne fonctionne pas comme ça, des mandats d’arrêts délivré par une cour d’assise ne peuvent être annulés par personne. Le seul moyen qu’il soit mis un terme aux recherches, c’est que les personnes qui en sont l’objet se présentent et qu’elles soient jugées, il n’y a juridiquement aucun autre moyen, donc là encore ce sont des accusations parfaitement gratuites, qui ne visent qu’à nuire, qui ne visent qu’à se venger ».

Pour l’avocat de l’ancien président, « depuis dix ans, on promet des documents, qui ne sont évidemment jamais remis, et pour cause, ils n’existent pas, et pour cause, les soi-disant paiements n’ont jamais été effectués, les soi-disant contreparties n’ont jamais été promises, donc tout ça, c’est du vent ». Me Ingrain estime qu’« il n’y a rien de neuf dans ces élucubrations de Monsieur Kadhafi, ce ne sont pas des accusations de nature à changer quoi que ce soit ».

Depuis le début du procès le 6 janvier 2025, Nicolas Sarkozy soutient que pas « un seul centime libyen » n’a financé sa campagne présidentielle de 2007. « Je n’en ai jamais eu besoin », assure-t-il. L’ancien président dit avoir été victime de « dix années de calomnies ». À la barre, Nicolas Sarkozy a lancé : « J’aimerais qu’enfin, si quelqu’un a le moindre élément, qu’il me le donne ! » « C’est épuisant de devoir répondre à des allégations qui ne reposent sur rien ! »

*Toutes les personnes citées dans cet article sont présumées innocentes.

Où en est Saïf al-Islam Kadhafi, près de 14 ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi

Saïf al-Islam Kadhafi a, à plusieurs reprises, exprimé son désir de se présenter à l’élection présidentielle en Libye, mais ces élections n’ont jamais eu lieu depuis la chute de son père. Il a été emprisonné à Zentan en novembre 2011, pour son rôle dans la répression du peuple libyen et les menaces proférées contre les insurgés. Il a été libéré en juin 2017, à l’occasion d’une amnistie générale, mais certains en Libye réclament encore la peine de mort à son encontre. Depuis, il vit à Zentan et se déplace dans le sud libyen, où il bénéficie du soutien des tribus. Il est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par la CPI pour crimes de guerre, mais la Libye ne compte pas le livrer. Ses avocats considèrent que le fait qu’il ait été jugé dans son pays, ne permet pas à la CPI de le juger une seconde fois pour les mêmes motifs. Le procureur de cette instance, Karim Khan, qui était son avocat dans le passé, continue toutefois à réclamer son extradition.


► Pourquoi et comment Saïf al-Islam Kadhafi a répondu à RFI par écrit ? Saïf al-Islam Kadhafi a répondu à nos questions et nos demandes de précisions par écrit, au travers d’une personne de confiance de son entourage. Il n’a pas voulu utiliser directement de ligne téléphonique internationale qui permettrait de le localiser. Son entourage affirme qu’il a très peu confiance dans les médias. Après plusieurs demandes de RFI, il a finalement accepté de s’exprimer dans le contexte de l’ouverture du procès. RFI a pu vérifier son identité. C’est la première fois depuis 2011 qu’il s’exprime dans un média sur l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

Le Dr Saif al-Islam Kadhafi a révélé de nouveaux détails concernant une série de tentatives menées par des proches de l’ancien président français Nicolas Sarkozy pour le convaincre de se rétracter de son témoignage devant un tribunal français dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.
Le Dr Saif al-Islam a expliqué avoir témoigné officiellement en 2018 devant le juge français Serge Turner, chargé de l’enquête sur ce financement illicite. Il a précisé que son témoignage comportait des détails précis sur les fonds versés par l’État libyen pour soutenir la campagne électorale de Sarkozy, en échange de promesses politiques et économiques restées sans suite. Il a ajouté qu’après son témoignage, une série de tentatives ont commencé à le contraindre à modifier ou à se rétracter. La première de ces tentatives a eu lieu en 2021 par l’intermédiaire de Suha al-Badri, consultante en médias basée à Paris. Elle lui a proposé, au nom de proches de Sarkozy, de se rétracter de sa confirmation du soutien financier libyen à la campagne électorale, en échange de promesses de contribuer à clore les poursuites engagées contre lui devant la Cour pénale internationale.
En 2022, un nouvel intermédiaire ivoirien, Noël Dubos, a fait son apparition et a tenté de communiquer par l’intermédiaire de son frère, Hannibal Kadhafi, détenu à Beyrouth. Dubos a proposé sa libération en échange d’une modification du témoignage de Saïf al-Islam en faveur de l’ancien président français, dans une nouvelle tentative de le convaincre de revenir sur sa position. Le Dr Saif al-Islam a ajouté qu’une troisième tentative, plus audacieuse, avait eu lieu en février de cette année : une avocate française d’origine algérienne, Munira Baraka, s’était rendue en Tunisie et avait rencontré un proche de lui, en contact direct avec lui, lui apportant une offre alléchante de la part de partis français proches de Sarkozy. Il a expliqué que l’offre consistait à libérer son frère, Hannibal Kadhafi, des prisons libanaises, à retirer son nom de la liste de la Cour pénale internationale et à lever les sanctions européennes qui lui étaient imposées, en échange d’une modification ou d’un assouplissement de son témoignage devant la justice française afin de servir la position de Sarkozy dans cette affaire. Kadhafi a souligné son rejet catégorique de toutes ces offres et de tous ces marchandages, affirmant son attachement au témoignage qu’il avait rendu devant la justice française et affirmant que la vérité ne serait ni effacée ni achetée, quelles que soient les tentations. Concernant le financement, le Dr Saif al-Islam a expliqué que l’ancien président français Nicolas Sarkozy avait reçu 2,5 millions de dollars en espèces de Libye pour soutenir sa campagne électorale de 2007, en échange de promesses de signature d’accords économiques et de mise en œuvre de projets stratégiques pour l’État libyen.
Il a ajouté qu’une somme similaire avait été versée ultérieurement à la famille de Sarkozy dans le cadre du règlement amiable de l’attentat contre le DC10 français de 1989, qui prévoyait notamment le retrait des noms de responsables libyens des listes d’Interpol.
Il a confirmé que la livraison avait été effectuée par l’intermédiaire de Bachir Saleh, le bras financier de l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi, qui avait transporté l’argent dans des valises et l’avait remis directement à Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Sarkozy.
Le Dr Saif al-Islam a relaté un incident amusant survenu lors de la livraison : Guéant, selon lui, aurait dû se tenir debout sur la valise pour la fermer, tellement elle était pleine de dollars. Le Dr Saif al-Islam Kadhafi a conclu en affirmant que cette affaire ne relevait pas d’une simple transaction financière, mais plutôt d’un « pacte politique et moral rompu », soulignant que la justice française se trouve aujourd’hui à un tournant historique et que ce qui se passait en secret a commencé à éclater au grand jour après la révélation des faits et la mise en examen, hier, par les tribunaux français, des responsables du pouvoir.

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