J’essaie encore de comprendre ce qui s’est passé en France. Mais nous entendons les inquiétudes. Je me suis donné pour objectif personnel d’empêcher les abuseurs de la plateforme Telegram d’interférer avec l’avenir de nos plus de 950 millions d’utilisateurs.
Le co-fondateur de Telegram, Pavel Dourov, a publié le 5 septembre une première déclaration concernant son interpellation en France.
Merci à tous pour votre soutien et votre amour !
Le mois dernier, j’ai été interrogé par la police pendant 4 jours après mon arrivée à Paris. On m’a dit que je pouvais être personnellement responsable de l’utilisation illégale de Telegram par d’autres personnes, car les autorités françaises n’ont pas reçu de réponses de Telegram.
C’était surprenant pour plusieurs raisons :
1. Telegram a un représentant officiel dans l’UE qui accepte et répond aux demandes de l’UE. Son adresse e-mail est accessible au public pour toute personne dans l’UE qui recherche sur Google « Adresse Telegram UE pour les forces de l’ordre ».
2. Les autorités françaises avaient de nombreux moyens de me contacter pour demander de l’aide. En tant que citoyen français, j’étais un invité fréquent au consulat de France à Dubaï. Il y a quelque temps, lorsqu’on m’a demandé, je les ai personnellement aidés à établir une hotline avec Telegram pour faire face à la menace terroriste en France.
3. Si un pays n’est pas satisfait d’un service Internet, la pratique établie est d’engager une action en justice contre le service lui-même. Utiliser des lois de l’ère pré-smartphone pour accuser un PDG de crimes commis par des tiers sur la plateforme qu’il gère est une approche malavisée. Développer une technologie est déjà assez difficile. Aucun innovateur ne construira de nouveaux outils s’il sait qu’il peut être tenu personnellement responsable d’un éventuel abus de ces outils.
Trouver le juste équilibre entre confidentialité et sécurité n’est pas chose aisée. Il faut concilier les lois sur la confidentialité avec les exigences des forces de l’ordre, et les lois locales avec les lois de l’UE. Il faut tenir compte des limites technologiques. En tant que plateforme, vous voulez que vos processus soient cohérents à l’échelle mondiale, tout en veillant à ce qu’ils ne soient pas utilisés à mauvais escient dans les pays où l’État de droit est faible. Nous nous sommes engagés à collaborer avec les régulateurs pour trouver le juste équilibre. Oui, nous respectons nos principes : notre expérience est façonnée par notre mission de protection de nos utilisateurs dans les régimes autoritaires. Mais nous avons toujours été ouverts au dialogue.
Parfois, nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord avec le régulateur d’un pays sur le juste équilibre entre confidentialité et sécurité. Dans ces cas-là, nous sommes prêts à quitter ce pays. Nous l’avons fait à de nombreuses reprises. Lorsque la Russie a exigé que nous lui remettions des « clés de chiffrement » pour permettre la surveillance, nous avons refusé – et Telegram a été banni en Russie. Lorsque l’Iran nous a demandé de bloquer les chaînes de manifestants pacifiques, nous avons refusé – et Telegram a été banni en Iran. Nous sommes prêts à quitter les marchés qui ne sont pas compatibles avec nos principes, car nous ne faisons pas cela pour l’argent. Nous sommes animés par la volonté d’apporter le bien et de défendre les droits fondamentaux des personnes, en particulier dans les endroits où ces droits sont violés.
Tout cela ne signifie pas que Telegram est parfait. Même le fait que les autorités puissent être confuses quant à l’endroit où envoyer les demandes est quelque chose que nous devrions améliorer. Mais les affirmations de certains médias selon lesquelles Telegram est une sorte de paradis anarchique sont absolument fausses. Nous supprimons des millions de messages et de chaînes nuisibles chaque jour. Nous publions des rapports de transparence quotidiens (comme celui-ci ou celui-ci ). Nous avons des hotlines directes avec des ONG pour traiter plus rapidement les demandes de modération urgentes.
Cependant, nous entendons des voix dire que ce n’est pas suffisant. L’augmentation soudaine du nombre d’utilisateurs de Telegram à 950 millions a provoqué des difficultés de croissance qui ont facilité l’abus de notre plateforme par les criminels. C’est pourquoi je me suis donné pour objectif personnel de veiller à ce que nous améliorions considérablement les choses à cet égard. Nous avons déjà commencé ce processus en interne, et je partagerai très bientôt avec vous plus de détails sur nos progrès.
J’espère que les événements d’août auront pour résultat de rendre Telegram – et l’industrie des réseaux sociaux dans son ensemble – plus sûrs et plus forts. Merci encore pour votre amour et vos mèmes🙏
Celui-ci a notamment déclaré que sa plateforme collaborait avec les autorités européennes et qu’il n’aurait jamais été sollicité par les autorités françaises concernant les différents points qui lui sont reprochés. Lire aussi Wall Street Journal : Macron aurait proposé à Dourov de relocaliser Telegram à Paris La «Start-up Nation» France serait-elle foncièrement un repoussoir à innovateurs ? C’est en substance le fond d’un message posté le 5 septembre au soir par Pavel Dourov, le premier depuis son interpellation fin août à l’aéroport du Bourget (Seine-Saint-Denis) en banlieue parisienne, déjà consulté quatre millions et demi de fois à l’heure où nous écrivons ces lignes. «Si un pays n’est pas satisfait d’un service internet, la pratique établie est d’engager une action en justice contre le service lui-même», lance celui qu’Emmanuel Macron aurait tenté de convaincre de relocaliser son application à Paris. «Utiliser des lois datant de l’ère présmartphone pour accuser un PDG de crimes commis par des tiers sur la plateforme qu’il gère est une approche malavisée», a poursuivi l’entrepreneur franco-russe, resté 90 heures entre les murs de l’Office national antifraude (Onaf) à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), au sud de la capitale française. «Le développement de nouvelles technologies est déjà assez difficile. Aucun innovateur ne construira de nouveaux outils s’il sait qu’il peut être personnellement tenu responsable de l’utilisation abusive de ces outils», a-t-il encore ajouté. Lors de sa garde à vue, le parquet de Paris avait fini par révéler que Pavel Dourov était entendu dans le cadre d’une information judiciaire portant sur pas moins de 12 «infractions». On l’accusait notamment de «complicité» en matière de «détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pédopornographique», d’«acquisition, transport, détention, offre ou cession de produits stupéfiants» ou encore d’«escroquerie en bande organisée». Les autorités françaises «avaient de nombreux moyens de me contacter pour demander de l’aide» Dans la foulée, des voix s’étaient élevées pour dénoncer le rapprochement fait entre Pavel Dourov et les réseaux criminels pouvant recourir à son application. «Oui, en effet, les terroristes utilisent le réseau Telegram, mais ils utilisent aussi des voitures. Pourquoi les PDG de Renault ou de Citroën ne sont-ils pas arrêtés ?», avait notamment raillé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov au micro du journaliste Pavel Zaroubine. «On m’a dit que je pouvais être personnellement responsable de l’utilisation illégale de Telegram par d’autres personnes, car les autorités françaises n’ont pas reçu de réponses de Telegram», a résumé Pavel Dourov dans son message. Reproche qu’il juge «surprenant» à plusieurs égards. Le co-fondateur de Telegram et de Vkontakte souligne ainsi que sa messagerie «a un représentant officiel dans l’UE qui accepte et répond aux demandes de l’UE» et que les autorités françaises «avaient de nombreux moyens de [le] contacter pour demander de l’aide». «En tant que citoyen français, j’étais un invité fréquent au consulat de France à Dubaï. Il y a quelque temps, lorsqu’on m’a demandé, je les ai personnellement aidés à établir une hotline avec Telegram pour faire face à la menace terroriste en France», a notamment relaté Pavel Dourov. «Nous nous sommes engagés à collaborer avec les régulateurs pour trouver le juste équilibre», a-t-il ajouté. Avant de préciser : «Il arrive que nous ne parvenions pas à nous mettre d’accord avec le régulateur d’un pays sur le juste équilibre entre confidentialité et sécurité.» Confidentialité : «Nous avons toujours été ouverts au dialogue», assure Dourov «Dans ces cas-là, nous sommes prêts à quitter ce pays. Nous l’avons fait à de nombreuses reprises», enchaîne-t-il alors. «Lorsque la Russie a exigé que nous lui remettions des «clés de chiffrement» pour permettre la surveillance, nous avons refusé – et Telegram a été banni en Russie», a-t-il poursuivi, avant d’insister : «Nous sommes prêts à quitter les marchés qui ne sont pas compatibles avec nos principes, car nous ne faisons pas cela pour l’argent.» Lors de sa garde à vue, Pavel Dourov aurait refusé l’assistance diplomatique de la Russie et des Émirat arabes unis, pays où il réside, a rapporté Politico. Selon un document juridique que l’hebdomadaire déclare avoir consulté, l’enquête contre lui trouverait ses origines dans un refus de Telegram de répondre favorablement aux autorités françaises concernant l’identité d’un homme ayant notamment déclaré à un policier de l’Office des mineurs (OFMIN) sous couverture avoir violé une jeune fille. D’après Libération, Telegram n’aurait pas donné suite à 2 460 demandes de la gendarmerie nationale entre 2013 et 2024. «Les affirmations de certains médias selon lesquelles Telegram est une sorte de paradis anarchique sont absolument fausses», a pour sa part défendu Pavel Dourov dans son message posté sur sa plateforme, assurant que l’expérience de Telegram – qui, admet-il, n’est «pas parfaite» – avait été «façonnée par notre mission de protection de nos utilisateurs dans les régimes autoritaires». «Mais nous avons toujours été ouverts au dialogue», a-t-il ajouté. Disant entendre que les actions entreprises en interne, telles que la suppression de «publications et de chaînes nuisibles», puissent ne pas être «suffisantes» face à la croissance du nombre d’utilisateurs de Telegram, Pavel Dourov a affirmé s’être donné pour «objectif personnel» de «veiller» à «considérablement» améliorer les choses.

